Chantier d’hiver

13 Déc

Avec le retour de la saison froide c’est également le grand retour de la machine à coudre et des projets perdus en cours de route. Je suis plus que novice en couture, ma seule réussite est un pantalon d’été pour moi et des rideaux pour la penderie de mon neveu. Il y a plusieurs ébauches qui sommeillent profondément au fond des cartons à tissus : un cuculus, une paire de braie et une tentative de veste en laine plus contemporaine. Un magnifique tissu orange (orange? tiens donc!) m’avait séduit l’automne précédent et j’avais commencé à découper les pièces nécessaires à mon projet. Bien sûr, il y a beaucoup de détails qui ont disparu par rapport au modèle du magazine et aucun rapport avec le tissu préconisé.
Il faut bien admettre que mes vestes d’hiver arrivent au bout du rouleau après de plusieurs années de bons et loyaux services : les manches s’effilochent, les poches se désolidarisent et même les coutures d’épaule lâchent. Devant ce spectacle navrant, j’ai pris mon courage et mes aiguilles à deux mains, en faisant attention parce que les aiguilles ça pique. Me revoilà, envahissant la table du séjour, ajustant les aiguilles, faufilant, cousant et jouant du découpe-fil parce que c’était monté à l’envers, pour arriver à la dernière ligne droite : la fermeture éclair.
Après cela mon scaphandre orange sera prêt à porter et je prépare mon entourage à encaisser le choc : «tu vois quand je dis orange, hé bien … tu vois … c’est vraiment orange. »
J’avoue : j’ai squeezé les poches. J’ai eu peur de l’ampleur du chantier qui s’annonçait et ce n’est pas pour rien que j’appelle ma veste le « scaphandre » : j’ai pris une taille au-dessus pour ne pas être gênée aux entournures et doublé l’intérieur, des poches par dessus le tout auraient été de trop, sans compter que ma petite machine ne peut pas coudre des tissus trop épais. Comme il me reste du tissu, je pourrai toujours essayer de faire un sac assorti, il faudra y réfléchir sérieusement. En tout cas, je ne risque plus une attaque sournoise de courant d’air, il criera avant en voyant le scaphandre arriver sur lui.

COUCOU !

8 Avr

Petite primevère, fraiche fleur du printemps, au léger parfum citronné lorsqu’il forme des tapis aux lisières des bois encore dépouillés de leur verdure. Les bourgeons des arbres commencent juste à s’émouvoir du retour du printemps que les coucous fleurissent déjà, avant même les violettes.

D’un jaune éclatant comme un rayon de soleil et au corps vert satiné de la jeunesse, les coucous nous attendent : les merveilleux bouquets à cueillir dans les vents d’avril, en frissonnant sous les cris des premières hirondelles.

Et puis un matin,  alors qu’on n’ose pas encore y croire car l’air est encore bien frais, le chant du coucou retentit à nos oreilles et dans notre cœur qui bondit. Ce bandit marque bien un battement spécial pour cet insolent coucou, une envie de soleil, de bras nus, de baisers enivrants sous les pruniers en fleurs, de rondes dans les pâquerettes sous les pommiers roses et blancs.

C’est le vieux Merlin qui nous prévient : attention, nous dit-il, méfiez-vous, réjouissez-vous, je vais sortir du bois et je ne resterai pas vieux très longtemps, je vais revêtir mon habit vert et reviendrai plus troublant que jamais, le vieux Cornu redevient Puck et vous ne pourrez pas me résister.

Alors, avec un bouquet de coucou dans le rayon de soleil sur la table, la fenêtre un peu ouverte pour forcer le destin et la météo, nous attendons que Mai vienne triompher sous sa couronne d’aubépine et de roses.

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A contre temps

16 Sep

Merveille d’entre les merveilles : chaque année quand fleurissent les tilleuls j’ai à nouveau 12 ans.

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Douze ans : année de passage pour la jeune fille que j’ai été. Fini le catéchisme et les bondieuseries sous la croix. A moi Wagner et les Walkyries, à moi les nuits douces d’un interminable été à venir. Avant 16 ans l’été contient 2 mois de plus que le temps annuel imparti aux adultes sans imagination, fraude totale sur le calendrier à l’usage des plus jeunes. Combien de mois a une année lorsqu’on a 6 ans? Au moins 30 et c’est à peine suffisant.

Le parfum des tilleuls m’attend en juin et me grise chaque année avec les mêmes délices. Ce sont les roses qui ouvrent le bal et puis les seringats, enfin les tilleuls.

Ô mère de l’humanité, suave tilleul, tes bras se penchent jusqu’à nous pour envelopper avec tendresse.

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Aujourd’hui il pleut et les dernières hirondelles nous quittent. Bon voyage, revenez nombreuses enchanter les cieux et nos coeurs.

le songe d’une nuit d’été

11 Juil

Quand on a le plaisir d’habiter dans un centre ville , particulièrement dans les zones piétonnes, il faut aussi en accepter les désagréments. Comme par exemple ces charmants jeunes gens, amis des bêtes et particulièrement de chiens et même des trèèèèès gros chiens, qui sollicitent avec tenacité votre aide pour subvenir à leurs besoins et qui risquent une perpétuelle déshydratation. Il y aussi les travaux de réfection des réseaux (gaz, eau …) qui se déroulent au début de l’été et qui se terminent vite avant le début des soldes. J’ai donc connu une période de surprises quotidiennes, pourrais-je rentrer chez moi à midi? sous laquelle des fenêtres le marteau piqueur allait commencer sa sérénade trèèèèèès matinale? Bref, après quelques jours de slaloms entre les tranchées et de : quel est le c.n qui a fait un trou devant ma porte et ne l’a pas rebouché? la situation retourne à la normale et les pavés retrouvent leur stabilité, les amis des bêtes reviennent, tout va bien … sauf que tous ces bruits et autres remue-ménages ont bouleversé les habitants plus discrets qui hantent nos murs, enfin plutôt la cave de l’immeuble.

C’est ainsi qu’il y a 6 jours, à 01h00 du matin, mon chat a vraiment insisté pour que je me lève et le rejoigne dans le couloir afin que je puisse admirer la souris qu’il venait de capturer. Je l’ai dûment félicité et fermé la porte de la chambre afin qu’il puisse la manger en toute tranquillité. Il faudra que je passe un coup de papier de verre sur le plancher histoire de faire disparaître les preuves du repas, glups!

C’est encore ainsi qu’il y a 5 jours, à 18h00, j’ai vu mon chat en arrêt dans la cuisine complétement fasciné par le plafond. En fait il admirait un jeune lérot accroché à un bout de frise qui se décolle du mur. Un plongeon, involontaire, lui a permis de gagner un abri sous le pot du ficus. Les émotions répétées q’il connait grâce à Surprise ne l’ont pas encore dégoûté du logis. Tout à l’heure encore,profitant d’une pause croquette du chat, il a changé d’étagère et est parti se cacher derrière un cadre photo : il avait passé un long moment accroché derrière un montant du meuble, hors de portée des pattes griffues. Je l’entends le soir rouspéter mais il a plus de cran qu’une souris, je crois en ses chances et surtout au manque de technique de Surprise pour faire le guet.

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http://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9rot

http://eliomys.free.fr/lerot1.htm

Eté

23 Juin

21 juin 2009

Dans le calme de ma campagne, tranquillement installée dans le petit cercle de buis, j’ai célébré mes dieux. Offrandes brûlant dans mon chaudron, pas de feu au sol, la saison ne s’y prête pas. Petit bûcher funéraire des offrandes de l’année, fleurs séchées sur mon autel, des graines et des fruits racornis, des coques de noix, tous offerts au feu, célébration du soleil. Embaumée par les graines d’anis étoilé, la fumée s’est répandue dans mon cercle avant de filer droit vers le sud où se consumaient trois bâtons d’encens orangé. Alors le ciel a laissé partir les nuages qu’il retenait et le chant des grillons a salué les dernières flammes.

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22 juin 2009

La journée s’étire, délicieusement interminable, clarté triomphante des longs jours. Gloire à la lumière chantent les martinets qui s’engouffrent entre les immeubles, frénésie aérienne à la gloire de l’été. Vite ils son venus et vite ils partiront. Revenez encore enchanter notre ciel urbain de votre vie fulgurante, encore et à jamais dans ma brièveté « explosive » de votre séjour.

Derrière les verres clairs mes nouvelles lunettes j’écris, et je souris de contentement en souvenir des buis qui sont enfin taillés. On peut à nouveau descendre l’allée qui relie le verger à la maison sans se contorsionner. Odeur extraordinaire et bruit extraordinaire, tailler les buis est une expérience charnelle, enveloppante. La cisaille est rapidement ralentie par la sève riche des feuilles et des rameaux. Il faut faire corps avec eux pour vérifier l’alignement, les étreindre et se laisser envelopper par leur âcreté. Ensuite, ramasser les feuilles en épaisses brassée et les conduire au fond du verger, les répandre en couche épaisse sur le carré d’orties qui a un peu trop pris ses aises. Il faudra du temps pour qu’elles réussissent à vaincre ce vert manteau et seront redevenues plus raisonnables si nous restons vigilants. Les noces de buis sont finies pour cette année mais restent les embrassades pour toute l’année.

dernier quartier de lune début de l’été

18 Juin

… arc brandi au ciel diurne

fantôme blanc au zénith

les martinets sont tes flèches …

Fête des mères

26 Mai

La fin du monde, ce n’est plus ce que c’était. Il faut en convenir. Tenez là, la micro apocalypse climatique promise pour hier, les bourrasques fatales, les déferlements de pluie, le grondement des cieux déchirés et tout ça, hé bien … que dalle! Parfaitement : que dalle!

C’est comme ma pauvre mère qui se désole de ne pas être en train de mourir de la peste porcine (le nom de code de ces grippes! on dirait une bataille navale délétère). Un truc aussi horrible, elle qui a tant de malheurs, c’est quand même scandaleux de ne pas l’avoir contracté! Je ne pense pas qu’elle me pardonnera de lui avoir demandé depuis quand elle connaissait des cochons qui passaient leurs vacances au Mexique. Je l’ai bien vu au fond de ses yeux et surtout à la ligne de ses mâchoires qu’elle ne trouvait ça pas drôle du tout. C’est vrai que ce n’est pas drôle, mais son obsession à être plus malade que les autres me tape parfois sur le système et je manque alors de subtilité.

Mais tout n’est pas perdu. Il a fait assez chaud et humide pour que les moustiques soient de retour. J’envisage de m’arracher la peau des chevilles si je ne mets pas la main rapidement sur le flacon de Moustitruc. Avec un peu de chance, un moustique piquera  ma mère  et elle aura tout loisir d’espérer une infection ou qui sait avec le réchauffement climatique, une crise de paludisme.

Cela lui rendra peut être le sourire.

aaaaaaaaaaaaaaah!

30 Mar

et  je le confirme : aaaaaaaaaaaaaaah!

L’alimentation de mon Pc vient de lâcher et je n’ai pratiquement aucune sauvegarde de mes fichiers. Presque  toutes mes photos sont dessus : autant dire que j’en ai des sueurs froides!

En attendant de trouver un nouveau bloc électrique compatible avec mon ordinateur, je pianote sur le super gadget qui m’a fait craqué ce mois : l’EEPC 900 d’ASUS.   Et je peux également compter sur la connexion wifi de mon cher compagnon qui a la gentillesse de me laisser squatter sa bande passante. Il est drôlement mimi,non?

Demain la course commence!

Faites chauffer la tondeuse …

20 Mar

… car voici venu le printemps. Mille et mille holocaustes de pâquerettes seront sacrifiés sous ses lames avides.

Dans la fumée bleue de la machine infernale je vais sacrifier aux rites du jardin dit d’agrément.  Comprenons nous bien, il s’agit pas d’une surface gazonnée digne d’un green (je hais le concept des golfs, mais ceci est une autre histoire), nous parlons ici d’herbes, et pas seulement du ray-grass ou de la fétuque et autres timides graminées. Non, il aussi question de pissenlits , de violettes, de quelques millions de pâquerettes, de boutons d’or, de chicorées, de chardons revanchards, de coquelicots égarés, d’orchidées rustiques , enfin de tout ce qui a décidé de pousser sur les surfaces enherbées du jardin et de l’ouche*.

Il faut dans l’immédiat  le rendre circulable à mon vieux cyborg de mère qui vient d’être opérée de la hanche. Une prothèse toute neuve qui va la faire courir tel un lapin de pâques.  Chez nous, on ne croyait pas à ces balivernes de Père Noël et autre trainard nocturne qui entrent chez vous sans y être invités. Par contre le lapin de pâques, lui, il existe. C’est connu tout de même. Même qu’il faut se lever tôt le matin pour récupérer le chocolat planqué dans le jardin avant qu’il n’arrive et ne rafle tout, sale bête.

Non je plaisante, je sais bien qu’il ne pique pas le chocolat… juste les œufs en sucre***.

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* ouche = vieux terme encore usité dans mes campagnes charentaises. C’est le pré attenant à une maison, planté ou non d’arbres fruitiers. Si vous avez la chance de vivre dans une commune épargnée par les remembrements, il est possible que l’ouche soit encore entourée de palisses**.

** palisse = vieux mot toujours employé dans le parler charentais qui désigne une haie vive. Elle voit fleurir à cette saison l’épine noire (prunellier) tandis que les ronces repartent à l’assaut de l’épine blanche (aubépine) qui fleurira un plus tard, vers mai en fait. Et puisqu’il s’agit d’une palisse près des habitations, on y trouvera des ajhars (érable champêtre) taillés en tétards avec des pieds de buis à petites feuilles, des sureaux aux feuilles précoces, des bonnets d’évêques (fusain d’europe), des sanguins (cornouiller), des viornes (viburnum lantana), des églantines, et puis aussi du lierre et au moins un nid de merle dont le propriétaire jaillira en protestant de toutes ses plumes, parce qu’il couve lui, et que vous avez intérêt à aller voir tout de suite ailleurs si vous y êtes.

*** pas grave, de toute façon je n’en raffole pas spécialement.

spirales de fer et de goudron

15 Mar

Le temps tourne et les fils de fer s’enroulent pour former des spirales et des bracelets.

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et comme j’ai de la chance  mon compagnon apprécie mes « ferrailleries » , mieux : il les porte en public.

Il m’a emmené aujourd’hui faire un tour sur la Côte Sauvage à côté de Royan, le temps était magnifique, l’eau très fraiche (mais vraiment très fraiche, glagla les orteils). Nous avons pu admirer les surfeurs locaux arpenter les verts rouleaux de l’Atlantique tel Dylan né de la neuvième vague, prêts à voir surgir les blancs chevaux marins.

Mais non, nous n’avons vu passer sur le sable que des chars à voile et puis peut être, mais je les attends avec une telle impatience que j’ai pu voir ce que j’espérais, une hirondelle fendant l’air par dessus les dunes.

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Spirales et retours vers les horizons aimés, qui peut resister à la beauté de l’océan, à sa puissance. Entendre ses grondements c’est être happé par leur puissance, la conscience entre dans une espèce d’expansion, de dilatation, une dissolution, une acceptation d’appartenir à un tout, à un mouvement, un tourbillon d’énergie et de vie. Nos corps gorgés d’eau doivent aussi connaître leurs marées fantastiques, j’étais persuadée que Rimbaud avait écrit  » Ô que ma quille éclate! Ô que je retourne à l’eau!  » mais non c’était :  » Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !* « . Le sentiment change avec les mots qui le définissent. Je préfère cet abandon devant l’incommensurable à  l’anéantissement, la certitude que nous pouvons aller au-delà de nous mêmes, atteindre nos vérités par et au delà de nous mêmes, nous ne sommes pas rien aux regards de l’Univers, nous sommes l’Univers. Les lisières de l’Océan me rendent très humble et très présomptueuse. Bien fait pour moi, mon nez a écopé de son premier coup de soleil de l’année

royan_21-octobre-2007-018 Merci cher compagnon d’être encore venu marcher avec moi vers les mêmes plages .